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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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À propos de Maixol

CRML : Bonjour Thyde et Jean-Marc. Vous avez lancé un message d’alerte, relayé sur le site du Monde Libertaire, à propos de Maixol Iparraguirre Genetchea. Peut-être faudrait-il commencer par nous la présenter ?

Maixol est une des dirigeantes « historiques » d’ETA. Son histoire est brièvement énoncée dans notre texte « Ohé les grandes gueules ! ». C’est une histoire banale au pays basque. 20 ans en 1981. Un fiancé, membre d’ETA, tué par la police lors d’un affrontement. D’où, arrestation, torture à mort, et, relâchée, car rien d’autre à lui reprocher qu’un fiancé membre d’ETA. Cela donne largement envie de fuir en France et d’adhérer à ETA.

Maixol et son compagnon, Mikel Albizu, ont été arrêtés en octobre 2004 en France, à Salies de Béarn. Ils ont été condamnés, en 2012, à 20 ans de prison, avec une peine de sûreté des 2/3. Aucune action sanglante ne leur ayant été reprochée à l’issue de 8 ans d’instruction. À l’issue de sa peine, Mickel a été extradé en Espagne (pourquoi pas en Belgique ?) et laissé en liberté. Maixol a été également extradée en Espagne, mais immédiatement envoyée en prison à Madrid. Incroyable, l’Espagne vient soudain de découvrir qu’elle aurait pu être mêlée à diverses actions remontant à plusieurs décennies. Rien de bien tangible, mais en Espagne c’est comme çà. Maixol risque lourd en attendant, à l’issue de sa peine en Espagne, d’être de nouveau incarcérée, la police espagnole venant soudain de découvrir qu’elle n’avait pas d’alibi quand fut cassé le vase de Soisson.

CRML : Je vous sens particulièrement touchés.

Nous le sommes car le fils de Maixol et Mickel est notre fils adoptif de cœur. Nous l’avons eut pendant trois ans comme élève à Bonaventure. Il était hébergé chez nous. Il avait huit ans lors de l’arrestation de ses parents. Cela fait, donc, 15 ans, qu’avec ses parents, la famille, nous nous occupons de « notre » fils. 15 ans de parloirs mensuels de quelques heures dans des prisons qui changent tout le temps, 15 ans de stress permanent pour un enfant se demandant ce qu’il a pu faire pour mériter cela, 15 ans de problèmes de sous, 15 ans dont on pouvait penser que c’était la fin de la souffrance mais dont on découvre qu’il n’y aura jamais de fin. C’est à vomir car, la justice espagnole n’a toujours pas commencé à enquêter sur le caractère illégal du coup d’État de Franco. L’amiral Carrero Blanco ne répond jamais aux courriers qui lui sont envoyés. Franco, non plus.

CRML : il y a 15 ans, à l’heure du laitier, on ne vous a pas apporté les croissants, mais un sac d’emmerdes. Pourquoi ?

Nous sommes, avec d’autres dont Dominique Lestrat, les fondateurs de l’école libertaire Bonaventure (1992-2001), une république éducative libertaire, laïque, gratuite et non obligatoire. Un jour, une jeune femme est venue nous voir avec son petit. Elle avait lu nos livres et vu nos passages à la télé. Elle avait été instit et adhérait à notre projet éducatif libertaire. Selon le protocole, ils sont restés 15 jours en « stage ». Reçus avec mention. Et, donc, nous avons scolarisé et hébergé le petit pendant trois ans.

Après l’arrestation de Mickel et Maixol, la police anti terroriste nous a mis la patte dessus. Pourquoi ? Simple. Le petit était à Salies depuis deux ans. Mais, où était-il avant ? Car, cherchez l’enfant, et vous trouverez les parents. Secret de polichinelle, il était à Bonaventure et chez nous.

Soyons précis, nous n’avons jamais été et ne sommes toujours pas d’ETA. Soyons également précis, très vite, parce que les enfants, surtout en confiance, ça parle, nous avons très vite compris que papa et maman étaient d’ETA. D’où conseil de guerre. Thyde, Jean-Marc, Bertille (notre fille), un jeune homme du lycée expérimental d’Oléron (Ce sont des pénibles à Oléron) que nous hébergions (gratuitement, c’est louche), le chien. Décision unanime. Tous les enfants du monde ont droit à l’école et à une éducation digne de ce nom. Aucun enfant du monde ne peut être tenus pour responsable de ses parents. Dans ces conditions, pas touche à notre petit. Le chien, Bouillotte, après avoir un instant montré les dents (avec les humains, il faut toujours se méfier), nous a fait mille léchettes. Tu touche à notre petit, et gare à tes fesses. La tribu avait voté.

Donc, quand les flics (dix cow-boys avec l’arsenal) ont débarqués à la maison, ce fut un choc de culture. La grande scène du IV, habituelle. Tout le monde, à moitié à poil, dans la véranda du fond. Pas un mot pendant une demi-heure. Puis, le chef flic, s’adresse à Jean-Marc, en bout de table, le plus vieux dans le « grade le plus élevé » : « Vous savez pourquoi nous sommes là ? ». Réponse : « Vous êtes de la police anti-terroriste ? ». Réponse à la réponse : « Oui ». Réponse à la réponse de la réponse : « Donc, vous savez lire. Puis-je me lever ? Faire quelques mètres et vous inviter à lire cet encadré placardé sur la porte de mon petit bureau et daté d’il y a un mois ?. Jean-Marc se lève, le chef flic le suit et lit à haute voix : « À vous qui, déjà, lors de la dernière guerre, arrêtiez ceux qui hébergeaient des petits juifs et autres… ». Le chef flic était décomposé. « Monsieur, vous n’avez pas le droit de nous comparer à la police de Vichy ». « Ah bon, alors pourquoi êtes vous là ? ». Vous savez que nous ne sommes pas d’ETA. Alors, comme la police de Vichy, vous pensez que les enfants sont responsables de leurs parents… ».

Embarquez-le ! Thyde sortait d’un cancer. Jean-Marc, selon le médecin qui venait d’arriver, était en train de faire un deuxième infarctus. Le SAMU, tout de suite. Mais c’est juste pour un interrogatoire. Ok, mais vous me signez une décharge de responsabilité. Une décharge de quoi ?

Tout cela est raconté dans « Oui, nous avons hébergés un terroriste …de trois ans ! ». Paru en 2005 aux éditions libertaires et dont nous avons du vendre au moins trente exemplaires.

CRML : en 2004, « La grenouille » était scolarisé avec d’autres enfants. Ont-ils gardé des liens ?

Of course. Cela va sans dire et encore mieux en le disant.

CRML : pour revenir à Maixol, ETA ayant cessé la lutte armée il y a dix ans, rendu ses armes publiquement et s’étant auto dissoute, pourquoi cet acharnement sur des gens comme Maixol qui ont été les artisans d’un processus de paix ?

C’est une bonne question à laquelle vous ne manquerez pas de répondre . Un indice. Pourquoi fait-on la paix avec certains et pas avec d’autres ? Avec l’OAS, les GAL… mais pas avec ETA.

CRML : que pouvons-nous, militants, simples lecteurs, pour Maixol ?

Plein de choses. Des méchantes contre les méchants. Ou, et ce n’est pas antinomique, simplement lui écrire. Maixol Iparraguirre, les éditions libertaires, 35 allée de l’Angle, Chaucre, 17190, St Georges d’Oléron. Nous transmettrons.
On vous embrasse plus que très fort.

Jean-Marc Raynaud et Thyde Rosell