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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Le point d’explosion de l’idéologie au Kurdistan

Refusant les lectures policières de l’histoire comme la géopolitique de comptoir, ce texte se propose d’étudier les raisons de l’engouement unanime pour « les Kurdes » (c’est-à-dire prosaïquement le PYD, et sa branche armée, les YPG) au sein des gauches françaises. Il n’y est pas question de la « cause kurde » ni précisément de l’insurrection syrienne en tant que telles (ce serait beaucoup trop vaste) mais de la façon dont celles-ci auront servi de révélateur à la faillite du monde militant « de gauche », révolutionnaire comme réformiste.


Que l’on songe au stalinisme ou à ses innombrables déclinaisons, l’histoire du mouvement ouvrier est jonchée de mystifications et de falsifications. À partir du moment où, dans les années 1920, l’Internationale Communiste est devenue la courroie de transmission des intérêts du jeune État « soviétique » , de larges pans du mouvement ouvrier ont été mis au service d’une propagande systématique. Celle-ci devait présenter la politique d’industrialisation forcée menée par un État autoritaire comme l’horizon et la base arrière de la révolution mondiale. Les mots même de révolution et de communisme ont pendant longtemps été entachés par cette expérience, ne désignant plus une existence débarrassée du travail et de l’État, mais, pour le plus grand nombre, une réalité sordide et brutale sans lien avec les promesses d’émancipation, ni avec une quelconque forme de vérité.

S’il serait possible de débattre longuement des circonstances historiques qui ont conduit à cet état de fait, on s’accordera volontiers à dire que cela a durablement nui à la cause révolutionnaire. Et si nous pensions depuis quelques décennies nous être éloignés de cet
héritage embarrassant, les dernières années ont vu émerger un processus analogue s’étendant progressivement à toutes les sphères de la gauche, y compris celles se définissant comme « révolutionnaire ». C’est ce phénomène, et ce qu’il révèle, que nous tenterons d’analyser.

Hier comme aujourd’hui, la révolution n’est pas une affaire de parti. Au sein des milieux de gauche « radicale » ou « révolutionnaire », de la France Insoumise aux libertaires et à certains « autonomes », en passant par le NPA, ce qu’il reste de maoïstes en France et certains secteurs du syndicalisme de lutte, la dernière mode semble être, non sans un
certain essentialisme, « les Kurdes ».

S’il est stupéfiant de constater le peu de prudence à assimiler tout un peuple à un parti, fût-il un parti de masse (le PYD, branche syrienne du PKK), ce qui nous frappe davantage est le caractère absolument soudain, totalement fantasmé et inconséquent de l’intérêt de la majorité de la gauche française pour la « cause kurde ».

Ce soutien extatique s’expliquerait par l’« expérience révolutionnaire » déclenchée en 2011/2012 au Rojava (Kurdistan syrien), qu’il faudrait comparer à l’Espagne de 1936. De nombreux militants parlent à son sujet d’autogestion, d’écologie et d’égalité hommes-femmes, quand ce n’est pas de communes ou de communisme. Le plus souvent, même si rien n’est dit de ce qu’il se passe au Rojava, le caractère supposément utopique de cette expérience vise à discréditer l’organisation de la vie dans les villes de l’insurrection syrienne. Une tribune signée par tout le gratin de l’extrême-gauche française et publiée par Ballast cite par exemple l’inénarrable Noam Chomsky pour asséner avec lui que l’utopie rojavienne est « très différente de tout ce qui se trouve en Syrie » . Dans une autre tribune, signée par des syndicalistes et publiée par l’Humanité, on peut lire : « C’est aujourd’hui une véritable alternative progressiste, égalitaire, féministe et laïque dans cette région. Elle peut dessiner un avenir émancipé de tous les obscurantismes et de toutes les barbaries » .

Danielle Simonet, représentante de la France Insoumise, décrète que cette expérience « socialiste écologiste et féministe » est « inédite dans cette région », avant d’ajouter « un message politique aux féministes : venez, vous êtes pour l’égalité femmes-hommes, il y a dans cette région une expérience politique inédite qui promeut l’égalité femmes-hommes » .

Dans le documentaire Rojava, une utopie au coeur du chaos syrien réalisé par Mireille Court, dont le titre résume la volonté de produire une opposition entre le Rojava et la situation syrienne, la voix off nous invite à « découvrir une autre place pour les femmes au Moyen-Orient » . Plutôt que de tenter de saisir les dynamiques en cours au Rojava, ou de comprendre l’autoorganisation qui a réellement existé dans les villes rebelles syriennes au début de l’insurrection (conseils communaux, auto-gestion des hôpitaux, enseignants qui écrivent leurs propres programmes etc ), l’extrême gauche s’identifie ainsi « aux Kurdes », perçus comme l’incarnation de la Lumière dans une « région » où régneraient sans partage « les obscurantismes ». Dans nombre de discours, la gauche radicale va jusqu’à opposer « les Kurdes » aux « musulmans », et même aux « sunnites », en oubliant qu’ils le sont souvent eux-mêmes. Et puisqu’il ne faudrait pas s’arrêter en si bon chemin, il est même devenu systématique pour une partie de la gauche d’assimiler la totalité des forces de l’opposition syrienne à l’« islamisme », en la qualifiant de « djihadiste », quand ce n’est pas de « barbare ». Comme le résumait Kendal Nezan, président de l’Institut kurde de Paris lors d’une émission de France Culture, « il y a l’unanimité de l’opinion publique, de la gauche libertaire à l’extrême droite » .

Pourtant, parler de révolution au Rojava semble a minima exagéré, pour ne pas dire purement mensonger . Qu’on écoute les longs meetings tenus par l’extrême gauche « pro-kurde » ou la communication officielle du PYD, qu’on lise les déclarations du chef – objet d’un véritable culte de la personnalité – Abdullah Öcalan ou des reportages à la gloire de cette prétendue utopie
on ne trouve au mieux que des éléments de langage et des slogans creux, masquant très probablement l’absence de réalisations concrètes.

Ce que l’on sait en revanche, c’est que l’autonomie relative du Rojava n’est pas le résultat d’une insurrection ou d’une grève générale expropriatrice, mais d’une négociation avec le régime syrien, qui a d’abord consisté en une quasi neutralité des YPG (branche armée du PYD), vis-à-vis de la révolution syrienne .

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Marche pour les migrants

Marche Citoyenne et Solidaire

Nous marchons pour l’accueil des migrants, contre le « délit de solidarité », contre le blocage de la frontière franco-italienne et de la frontière franco-britannique.


Marche Citoyenne et Solidaire

Nous marchons pour l’accueil des migrants, contre le « délit de solidarité », contre le blocage de la frontière franco-italienne et de la frontière franco-britannique.

LAISSEZ LES PASSER !

Nous demandons la liberté de circulation et d’établissement des migrants en Europe et en France : pas de blocage des frontières à l’intérieur de l’Europe, notamment entre la France et l’Italie, entre la Grande-Bretagne et la France ; pour les migrants, liberté de choix du pays dont ils veulent demander la protection.

ACCUEILLONS LES !

Nous sommes solidaires avec les migrants : nous demandons l’ouverture de centres d’accueil inconditionnel, la fin du « délit de solidarité » et des autres entraves au travail des citoyens et des organisations d’aide aux migrants.

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PENSER LES CRISES DE L’ISLAM

Comment aborder les crises profondes que l’islam traverse depuis sa naissance entre Médine et La Mecque ? Les bastions de la Tradition musulmane affrontent la modernité sous sa forme symbolique et insidieuse : Coca-cola. La sodaïsation a déjà contaminé l’Occident en profondeur, elle s’attaque à l’Asie avec succès, vaincra-t-elle le monde musulman ?


1) – Généalogie d’une agonie interminable.

A vrai dire, l’islam n’est que le troisième avatar d’un phénomène méditerranéen : le monothéisme [1] dont il partage les caractères principaux : Révélation, Prophétisme, Incarnation [2], Créationnisme et Universalisme. D’ailleurs, l’apparition de l’islam se fait dans un environnement judéo-chrétien multiforme. Pendant presque trois siècles, les consœurs en religion, dialogueront, disputeront, conceptualiseront en commun et partagerons une vision du monde proche malgré des sensibilités différentes. Le bref épisode andalou est souvent cité comme exemple.

Selon certains spécialistes [3], il n’est ni farfelu ni médisant « de conclure que l’islam est un rejeton du judéo-nazaréisme développé en Syrie du IIe au VIe siècles, qu’il ne fut institutionnalisé comme religion que par des Califes pour asseoir leur pouvoir, et que Muhammad n’a jamais prétendu être un prophète, mais a été institué comme tel au plus tôt soixante ans après sa mort » (E.-M Gallez). Un autre auteur, J.-J. Walter pense que « le Coran a un minimum de trente auteurs différents, plus vraisemblablement cinquante, que sa rédaction et sa composition s’étalent sur deux siècles, et qu’il est pour une large part une compilation de textes anciens traduits du syriaque et de l’araméen ».

Enfin, l’islam naît dans le contexte historique et intellectuel de Byzance. Les pensées hellénique et hellénistique font l’objet de découvertes, de redécouvertes, de commentaires incessants. D’entrée de jeu, les penseurs musulmans se confrontent à un environnement intellectuel riche, contrasté et polémique. Les tensions internes apparaissent rapidement. Force est de constater que la fermeture vient de l’orient. Deux exemples opposés illustrent l’âpreté des conflits étalés sur plusieurs siècles.

1) Al-Ghazali (1058-1111) engage l’islam dans un rejet systématique de la philosophie L’Hanbalisme commence vers 860 de notre ère (le Wahhabisme en est un rejeton) mouvement très littéraliste et traditionnaliste, fondateur du Sunnisme dur et intransigeant, fortement anti-chiisme et opposant farouche à la théologie (Kalam). Cette configuration orientale prend la main très tôt. Nous assistons à une poussée de fièvre endémique. La fermeture à la pensée occidentale et à la reconnaissance du changement dans le monde ont trouvé les bases théoriques de leur position inébranlables.

2) Averroès (Ibn Rushd Cordoue 1126 – Maroc 1198) et Maïmonide (Cordoue 1135 – Égypte 1204) animent un dialogue interconfessionnel certes, mais de courte durée. Averroès devra s’incliner devant la montée en puissance des disciples d’Al-Ghazali qui condamne avec vigueur la philosophie, la raison (aql), la réflexion (ijtihad). Après la disparition des Mutazilites (courant rationaliste ne reconnaissant pas le caractère incréé du Coran), le sunnisme prend le pouvoir et renforce ses persécutions contre les frères ennemis du chiisme. Dès cette époque la science des uçul (sources) se stabilise et s’ossifie. Les croisades n’arrangeront pas le tableau. Le sunnisme est un holisme, une pulsion totalitaire, une plaie dans l’orient et un foyer d’infection dans la civilisation méditerranéenne en train d’imposer sa foi et ses préceptes au monde entier.

La bataille philosophique perdue, reste l’ijtihad ou effort de réflexion des juristes pour donner une solution à un problème pratique posé par l’application de la Loi. La tradition sunnite admet que les principaux problèmes ont été résolus dès le début de l’islam, Al-Ghazali et ses adeptes les codifièrent. Depuis « la porte de l’ijtihad » est fermée. Certains penseurs musulmans du XIIIe et XIVe siècles ont apportés quelques décisions mineures, mais toujours à propos de questions pratiques ou juridiques, jamais sur des aspects du Texte révélé. Les réformistes du XIXe siècles tenteront de rouvrir « la porte de l’ijtihad » sans succès.

2) – La forclusion généralisée.

Le contenu « intellectuel » de cette fermeture : le rejet de la raison (donc des sciences), l’intégration progressive d’un consensualisme souvent tribal et minimaliste mérite une analyse critique attentive.

L’œuvre d’Al-Ghazali Autodestruction des philosophes donne le « La » de la dérive, les grands ennemis : Socrate, Platon, Aristote… Le Coran, la Sunna du Prophète s’inclinent progressivement devant la tradition, le conservatisme et le conformisme sont élevés progressivement au statut de vérité intangible, immuable. La pratique de l’arabe coranique décline et devient le signe du savoir des Docteurs de la Loi [4].

Quelques éléments constitutifs de ce marasme :

– Les normes, les règles (fiqh) ont la légitimité de l’antériorité, car issue du Coran dicté au Prophète. Les règles sont intouchables, validées une fois pour toutes. La société peut changer, mais pas la Tradition. Le souvenir sacré du passé pollue le présent et bloque tout changement.

– Les influences extérieures nécessairement nocives doivent être combattues sans faiblesse.

– Le passé est patrimonialisé, intouchable, identitaire à la limite de la racialisation, malgré un discours universaliste.

– La réalité doit se plier au modèle.

– Le statut de l’histoire devient problématique, les faits sont des signes de la volonté de Dieu, sans signification pour eux-mêmes. Seule l’objectivité du récit prévaut et non la vérification des faits. Il n’y a pas de causes, car la Cause première est connue : Dieu.

– N’ayant pas d’Église, d’institution collective, la Tradition devient le fondement de toute certitude historique, doctrinale… L’histoire est rejetée comme pure fable. Le temps est immémorial, non cumulatif, le changement est une hérésie et une négation de la Tradition, donc un blasphème.

– La mémoire sert à transmettre la Loi, la Tradition, non à l’analyser. Au mieux l’histoire sert à la méditation. La Tradition se situe en dehors de l’histoire. Pas de sens de l’histoire, mais un éternel retour à l’origine. Si progrès il y a, il consiste à résister à la tentation de s’éloigner de la Tradition, à « retourner à l’origine en bouclant le cercle : sa fin est dans le commencement ». Le passé et le futur se confondent dans la fondation, dans le commencement.

– La religion vraie, l’Islam évidemment, la nouvelle LOI établissent la vérité de Dieu dans son éternelle pureté. La transcendance est absolue, elle occulte l’histoire profane, les événements.

– Dieu étant à la l’origine de la norme, inutile d’en justifier la substance et le contenu. Le conteste moyen-oriental devient un géocentrisme exclusif inconscient, lourd de conséquence.

– Le tribalisme d’origine prend dans ce contexte une dimension patriarcale et patrilinéaire constituante : succession, legs, adoptions, héritage, statut des femmes : donc une arabisation de la tradition qui entre en conflit violent avec le chiisme perse. [5], [6]

– Contrairement à la Bible juive et chrétienne, l’autorité et la légitimité du Coran sont indiscutables. Il est la parole même de Dieu, donc « circulez, il n’y a plus rien à dire ».

– La Tradition du Prophète devient la Tradition ritualisée par les traditions tribales incorporées pendant les deux ou trois siècles de validation (écriture) du Texte. Ibn Taymiyya (1263-1328) hanbalite et précurseur du Wahhabisme affirme : « Chacun doit croire à tout ce que le Prophète a dit et obéir à tous les ordres qu’il a donnés avec une croyance totale et une obéissance entière ».

– Comme pour l’histoire, l’isnad, la science du Hadith devient la chaîne de transmission sans égards pour le sens transmis. Avec le Hadith, l’oralité prend le pas sur le Texte intouchable et institue la Tradition et le conformisme. Le Texte est le lieu exclusif de la norme. Le seul savoir est celui qui a pour objet la loi de Dieu qui s’acquiert par l’exploration continue du Texte qui contient tout…

– Retour sur l’histoire : « L’histoire n’est pas indispensable à la compréhension. Il n’est pas question d’historiser la norme ou le commandement divin en l’inscrivant dans le temps. La transcendance suppose que les ordres divins ne puissent être déterminés par des causes ou des sources matérielles » (Cf. le monothéisme).

– Pas d’interprétation de la dictée divine. Le Texte s’exécute sans questionnement ni interrogation. Le ta’wil (l’interprétation) est dangereux, car rationnel, c’est l’arme favorite des ennemis de l’Islam : philosophes, ésotéristes de tous poils et ismaïliens (assassinat d’Ali)…

– La sacralité inviolable du Texte favorise l’autorité des théologiens. A terme, le Texte s’efface devant la parole des Docteurs de la Loi.

Inutile de multiplier à l’infini les fondements, il reste à esquisser leurs conséquences sur le politique et ses dérivés. L’islam tisse des liens très étroits avec le politique, liens souvent implicites.

– La première expression de l’islam naissant sera la conquête via le djihad, l’effort sur soi : « Le combat vous a été prescrit alors qu’il vous est désagréable…(Sourate 2 De la vache v.216.). Phénomène bien connu, le combat pour une noble cause unifie les tribus et étouffe les rivalités ancestrales. Certains théologiens affirmeront que les non-musulmans n’étaient pas les propriétaires légitimes de leurs biens. Conquérir revenait à rendre à Dieu sa Création détournée [7].

– « Pour l’islam, la séparation du politique et du religieux n’existe pas. Elle est même choquante, car elle passe pour un abandon de l’humain au pouvoir du mal, ou une relégation de Dieu hors de ce qui lui appartient ». (R. Brague « la Loi de Dieu » p.72).

– Al-Ghazali : « Il n’existe pas de législateur humain, l’unique législateur est Dieu ». Les personnes exerçant une autorité quelconque ne le font que par « délégation de service divin. Rien n’échappe à la législation, tout est shar. La connaissancee de la raison des commandements ne sont pas à la portée de la nature humaine. Ce que Dieu aime avant tout c’est sa Loi (sharia).

– Mulk = pouvoir, souveraineté, possession. La racine MLK renvoie à la Domination largement et fermement établie. MLK = posséder, dominer. Mālik = propriétaire terrien ou d’un bien. Milk = possession par extension, le maître. Mulk = le fait de s’emparer de quelque chose.

– Le pouvoir implique la domination qui est souvent le seul moyen d’empêcher le déchaînement des passions humaines, bref d’empêcher le chaos.

– Le pouvoir jugule l’animalité dans l’homme. Sans un chef qui décide et qui organise, les hommes seraient incapables de vivre en communauté.

– L’obéissance au pouvoir va de soi, l’éthos disciplinaire est une vertu ! c’est un critère fondamental du politique.

La littérature sur ce thème provoque chez le libertaire impénitent une nausée salvatrice. Ces deux points abordés, restent à se poser les questions que pose et se pose à lui-même l’Islam contemporain.

3) – La réforme impossible.

Dès le début du 19e siècle, l’Islam oriental est agité de mouvements réformistes progressistes ou non.

– La Nahda vaste mouvement réformateur tant religieux que culturel commence après le passage de Napoléon en Égypte qui entrouvre la porte vers l’occident. Avec le développement de l’imprimerie, il importe : le principe de raison et la participation au pouvoir, c’est-à-dire la démocratie, il relance l’interprétation des textes religieux (ijtihad). Ce mouvement s’élargit à certains courants chrétiens maronites. L’auteur connu le plus influencé par ce courant est Khalil Gibran. Certains intellectuels de l’époque adhèrent à la franc-maçonnerie.

– Abd el-Kader, un autre grand réformateur, moderniste, nationaliste et « en pleine connaissance de cause accepta d’être initié franc-maçon en 1864 par la loge "Les Pyramides d’Egypte" du Caire pour le compte de la loge "Henri IV", du Grand Orient de France. Il s’était bien renseigné avant de commencer sa démarche auprès de frères vivant à Damas comme Nâzif Meshaka et surtout Shanin Mâkarius, un franc-maçon libanais auteur de plusieurs ouvrages sur l’Ordre. »

– En Tunisie comme au Liban et en Égypte des collèges d’enseignement modernes sont ouverts.

– A la même époque les militaires ottomans entreprennent un mouvement de modernisation.

La réaction. La contre-réforme s’active :

– Dès 1928, les frères musulmans s’organisent avec une branche militaire et un fort dispositif organisationnel rare dans le contexte arabo-musulman. Ils affichent un fondamentalisme proche du wahhabisme et s’allient ponctuellement avec certain courant chiite, pourtant frère ennemi. Khomeiny reprendra le flambeau de la Tradition contre le péril moderniste et persécuteur du Shah.

– Ces courants prônent un retour à l’Islam des origines, un retour aux sources et la traditions des ancêtres d’où leur nom de Salafiya (de salaf = ancêtre).

Le Nahda échoue et la réforme devient un monstre qui hante l’Islam préparant une situation explosive toujours en cours de développement.

4)- Choc des civilisations ou malaise dans la civilisation ?

Après la fermeture, le monde arabo musulman stagne de longs siècles, il garde sa structure tribale avec un seul dénominateur commun la Tradition. L’empire ottoman verrouille tant bien que mal les antagonismes. L’envahisseur est de même confession, donc affaire de famille, malgré les exactions. Les avancées de la conquête coloniale européenne introduit des idées pernicieuses : droit, état, nation, droit de l’homme, économie et industrialisation – bref la panoplie complète de la modernité. Les courants modernistes sont accusés de collusion avec le diable personnifié par le colonisateur. Le repli sur soi garantit la vraie Foi.

Le choc de la première guerre mondiale et sa calamiteuse conclusion au Moyen-Orient (pour l’essentielle britannique) amorce une entrée en force du modèle de la nation dans un univers tribal. Enfin, la découverte du pétrole fait entrer certaines nouvelles nations arabes sur le marché mondial du capitalisme. Le Wahhabisme devenu religion d’état a les moyens de ses ambitions d’autant que les Alliés lui ont confié la gestion des lieux saints, conquis quelques décennies plus tôt. La trahison envers les Kurdes ajoute une couche à l’imbroglio.

La seconde guerre mondiale voit une partie du monde arabo-musulman sympathiser avec le Führer « Nous avons Dieu dans le ciel et Hitler sur terre » affirme le Grand-Mufti de Jérusalem, fait « aryen d’honneur » par le saint-père de Berlin. L’islamo-fascisme s’enracine ici, il devient une tendance refoulée, mais active jusqu’à nos jours, l’antisémitisme reste une composante stable. La solution finale n’accomplissant pas sa promesse de destruction totale, les rescapés des camps choisissent le retour sur la Terre promise, le sionisme avait préparé le terrain. La forme nation est devenue, entre temps, le symbole de la modernité, de l’identité territorialisée, bref légitimité et souveraineté pour tous.

La décolonisation amplifie le mouvement, des états-nations sans fondement géo-clano-politique voient le jour. Les derniers nomades sont parqués dans des frontières sanctifiées par des traités. L’argent du pétrole coule à flots.

Malgré l’extrême schématisme de cette description, les ingrédients du brasier et du grand-merdier sont en place.

Par malheur, le capitalisme triomphe et s’internationalise, les nouvelles générations découvrent le monde, les droits de l’homme, la consommation. La modernité s’infiltre en profondeur et les tensions montent. L’expatriation est la réponse simple à l’autoritarisme de la Tradition. La guerre froide envenime les débats et crée des tensions idéologiques supplémentaires (Nasser, etc.)

Les tentatives de réformes ressurgissent, les dernières en date (le printemps arabe, dénomination curieuse sinon ambiguë) mènent le combat sur plusieurs fronts.

– Nous l’avons vu, la raison est bannie, il faut donc « retrouver la raison perdue », sortir du prêt-pensé religieux pour revenir à la philosophie et sortir de l’emprise totale du religieux sur le social. La cité, l’état-nation se fonde sur une pensée radicale importée de l’occident honni. C’est à la philosophie de fonder le vivre-ensemble. Averroès sort de l’oubli. La Cause Première ne suffit plus à expliquer le monde, ses mutations scientifiques et techniques. Connaître les causes, c’est connaître la chose. La raison reprend du poil de la bête, elle est fondatrice de la connaissance (Mutazilites). Oh merveille !la raison n’a pas besoin de la révélation. La nature reprend ses droits, elle n’est plus un lieu de contemplation, mais de connaissance. Al-Ghazali se retourne dans sa terre, le pauvre ! La raison implique la reconnaissance de la logique. La Tradition échouant à dire le nouveau monde, les nouveaux concepts contaminent la pensée close : politique, démocratie, égalité, reconnaissance de l’individu comme base de la société.

Résumons : Raison = Causalités = Autonomie du sujet = Liberté = Libre Arbitre (déjà revendiqué par les Mutazilites) = Loi scientifique = Politique autonome du religieux.

En 1925, Abderrazik publie l’Islam et les fondements du pouvoir (époque d’Atatürk), le despotisme justifié par Al-Ghazali prend un coup de vieux. Le fiqh (les règles) devient progressivement frustrant pour les nouvelles générations. Il n’a plus d’autre légitimation que son origine.

Mais la vieille garde n’a pas dit ses derniers mots, entre 1970 et 1980, la théologie islamique orthodoxe se rebiffe et se pare des habits neufs de l’arabisation des masses perverties par le colonialisme et ses miasmes modernistes. Le Maghreb entre en convulsions.

Les novateurs délaissent le terrain du théologique et s’arment de nouveaux concepts : État, droit, état de droit, démocratie, droits concrets, égalité des sexes. L’unité de la communauté musulmane est mise à mal. Progressivement, le Moyen-Orient entre en ébullition. Des personnalités lancent de vastes réformes, entre autre Bourguiba en Tunisie.

Il s’agit maintenant de penser la cité à la lumière de l’extraordinaire développement économique mondial. Le principe d’autonomie des instances politiques, économiques, sociales, juridiques devient un combat qui fait écho dans une partie des populations. Les nouveaux principes favorisent l’égalité des citoyens. La séparation du social et du religieux met à mal la pensée musulmane incapable de concevoir cette séparation sans anathème.

La sécularisation et la laïcité montent à l’assaut de la pyramide despotique de la Tradition. La séparation du religieux et de l’état essaime dans la sphère arabo-musulmane. Moins de religieux = plus de laïcité.

De plus, penser la cité se fait aussi au féminin. L’autre moitié du monde sort de l’ombre semant le trouble dans les mœurs mâlifiques locaux. La femme devient avec l’occident la phobie des partisans du retour à la pure Tradition, les islamistes de toutes obédiences s’unissent contre ces deux abominations.

A l’état théocratique, les nouveaux réformateurs veulent imposer l’état de droit. L’affrontement devient inévitable. Les sociétés musulmanes veulent s’émanciper à partir du modèle occidental. La manne du pétrole, la mondialisation des économies et la télévision importent des « désirs » de libéralisation. La réforme passe par le droit autonome de la Tradition. Comment mettre fin à la polygamie et à la répudiation, sinon par un droit indépendant, un code civil hors fiqh ? Par la codification, le législatif devient précis, concis, abstrait et synthétique hors des Docteurs de l’obscurantisme qui rejettent avec vigueur toute codification. L’ouverture du Japon et de la Turquie est passée par l’élaboration d’un code civil. Qui dit code civil suppose la reconnaissance de la personne, l’égalité, l’encadrement du mariage, des successions : horreur !

L’islam naquit dans la péninsule Arabique, haut-lieu du tribalisme, sans tradition de pouvoir politique central (sauf le Yémen). Le chef de tribu possède un pouvoir d’arbitrage, mais sans la puissance de contraindre. Sans cadre normatif (code), le pouvoir est libre de tout contrôle politique, il est absolu au bon grès de la chefferie, qui, si elle faiblit, se voit rapidement conquise.

Les sociétés arabes connaissent ces débats depuis deux siècles, mais le temps c’est arrêté, pourtant elles savent ce qui entrave leur progrès et leur ouverture. L’exemple de l’Inde et du Pakistan illustre bien la difficulté : malgré un multiculturalisme complexe, l’Inde émerge surement, le Pakistan musulman, donc monoculturel, sombre dans le tribalisme, l’État est l’enjeu de luttes claniques perpétuelles. Un état national indépendant ne règle pas les questions fondamentales. Le ver est bien dans le fruit.

Deux derniers points.

– La décolonisation, puis les migrations avec ou sans regroupement familial ont disséminé les populations musulmanes dans les pays occidentaux ce qui a creusé le fossé entre les natifs et les migrés. La radicalisation en Europe a profité de la déliquescence de la République – l’affaire de Creil, en France, est la première offensive radicale non maitrisée qui offusquera les musulmans intégrés et laïcisés (Bencheik).

Enfin, l’islam est une orthopraxie, réalité incomprise, occultée pour mieux éviter ses implications. L’orthopraxie se réfère au domaine de l’action, du vivre ensemble et s’applique à une conduite conforme aux usages et coutumes dans la vie civile, aux rites et prescriptions dans le domaine religieux. L’orthopraxie liée au monothéisme et à sa force prescriptive (judaïsme, islam et produits dérivés) implique obligatoirement un communautarisme souvent endogamique, une ghettoïsation rampante, un blocage sacralisé sur les commandements (la sharia et le fiqh dans notre sujet), une hypocrisie sans complexe, la création d’un pouvoir exclusif en cas de situation dominante impliquant des conversions forcées, des statuts spéciaux (dhimma) avec un droit souvent coercitif et une fiscalité pénalisante. La crise actuelle le l’islam a induit les persécutions sanglantes contre les arabes chrétiens. Il aura fallu des siècles pour les expulser, les détruire. Enfin, la terre musulmane n’est plus souillée, tout simplement ensanglantée dans l’indifférence quasi totale.

L’isolationnisme endémique de l’islam lui fit rater les étapes de la modernisation du monde. Le judaïsme et le christianisme digérèrent, non sans convulsions, la modernité dont ils furent les fondateurs et les partenaires actifs. En terre d’islam, pas de Renaissance [8], pas de Réforme, pas de Révolutions scientifiques : le Livre, rien que le Livre. Le fossé devenu abîme réduit les islamistes à une alternative : détruire le monde pour sauver le monde. Le choc n’est pas civilisationnel, mais temporel : l’islam resté aux temps féodaux affrontent d’un seul coup un télescopage spatio-temporel, voire uchronique. Le repli communautaire, commun à toutes les religions, n’est pas celui du monachisme médiéval, qui n’était pas en conflit avec le monde, mais une sortie du monde par la prière et le travail. La physique triomphante, le darwinisme [9] incontournable entrent frontalement en conflit avec le Coran. La violence religieuse est l’issue fatale face à l’agonie des fondamentaux de la Foi rongés par le tsunami du « régime de vérité de l’occident triomphant » : technique, consommation, démocratie, égalité des sexes…

Depuis des siècles, la modernité puis l’époque triomphante du capitalisme industriel promeuvent une transformation radicale de la religion qui en se privatisant devient une religiosité. L’individualisme (Tocqueville) mène à l’atomisation sociale et spirituelle qui favorise la recherche de « valeurs » nouvelles à la carte, customisées, marchandisées. Pour Marcel Gauchet « le fondamentalisme islamique est le signe paradoxal de la sortie du religieux ». Le retrait de Dieu (le second après celui relaté dans la Génèse) marque une « dédivinisation » favorable à la prolifération des religiosités et de sectes.

Un djihadiste explique clairement : « On nous pousse à consommer, consommer, consommer plus. Mais au bout d’un moment, consommer, ça ne donne pas une raison de vivre…ça génère de l’ennui aussi, on dirait qu’on est morts, comme des robots… Je ressentais un manque, j’avais un vide spirituel à combler et je l’ai comblé avec la religion » (Cité par Jean Vioulac, Approche de la criticité Philosophie, capitalisme, technologie, PUF, 2018, 499 pages.)

Ce cri d’alarme démontre crûment que la crise de l’islam est aussi celle de la civilisation occidentale mondialisée. Le Grand Vide, le Chaos honni des grecs, le Grand-Satan hantent les replis de notre civilisation dont le malaise nous réserve des surprises après quelques décennies de quiétudes matérielles et de paix relative, du moins les conflits restèrent-ils encore périphériques, mais c’est le centre, le cœur, le noyau de notre civilisation qui génèrent sa propre dégénérescence. Les religions, les idéologies ont perdu un combat devant l’explosion des techniques et de la finance automatisées par des sorciers aux dents longues et à l’encéphale surdimensionné, tentaculaire, cybernétisé.

R.-D. M.

Granville 12 avril 2018

Alain Bihr
Article mis en ligne le 19 mai 2018
Rubrique : Livres

Éditions Syllepse/Page 2 Mois de sortie : Septembre 2018 700 pages 35 cartes 30€

La montée en puissance contemporaine des « pays émergents », au premier rang desquels la Chine, venant après celle du Japon et des « dragons » sud-est-asiatiques (Corée, Taïwan…), oblige à réinterroger voire à réviser l’histoire du capitalisme. Et de se demander si le premier rôle, longtemps tenu par l’Europe occidentale, au sein de cette dernière n’avait été qu’un accident dont les conséquences seraient en train de s’épuiser et une parenthèse en train de se refermer.

Cet ouvrage soutient que, si l’Europe occidentale a été le berceau du capitalisme et a pu, des siècles durant, en constituer l’élément moteur et dirigeant, c’est à son emprise sur le restant du monde qu’elle l’a d’abord dû. Ce premier tome revient sur l’acte inaugural de ce processus : l’expansion dans laquelle elle s’est lancée en direction des (...)

Article mis en ligne le 19 avril 2018
Rubrique : Grèves

Il faut passer la pub, (indispensable sur BFM !!!) pour voir un camarade explique et défendre ceux qui luttent et les autres

La guerre tue ; alors crions !
Article mis en ligne le 19 avril 2018
Rubrique : Grèves

Si vous avez le pouvoir de frapper des gens sur la tête quand vous le voulez, vous n’avez pas trop à vous inquiéter de comprendre ce qu’ils comprennent eux-mêmes de ce qui est en train de se produire et, par conséquent, en règle générale, vous ne le faites pas. Un moyen infaillible de simplifier les arrangements sociaux, d’ignorer le jeu incroyablement complexe des perspectives, des passions, des intuitions, des désirs et de la compréhension mutuelle dont est faite la vie humaine, est d’établir une règle et de menacer de s’attaquer à quiconque y contrevient. C’est pourquoi la violence a toujours été le recours préféré des personnes stupides : c’est la forme de stupidité à laquelle il est presque impossible de fournir une réponse intelligente. C’est aussi bien sûr le fondement des Etats. ( David Graeber )

Journal d’information permanente du Syndicat SUD Rail des Directions Centrales

 Plus de 400 suicides annuels pour 600.000 exploitants et co-exploitants agricoles,

 Plus de 50 suicides annuels pour 145.000 cheminots en 2017 (en constante augmentation depuis 2007)

 Sans doute autour de 400 suicides annuels pour 1.160.000 agents de la fonction publique hospitalière (par application du taux de suicides de la période 1997-2002 des professions de santé & action sociale)

 39 suicides pour 100.000 enseignants en 2002 (depuis, le Ministère ne communique plus de chiffres car il sait bien que la situation à l’Education nationale n’a pu qu’empirer),

 France Télécom qui avait défrayé la chronique en 2008-2009, mais rien n’a changé sous Orange : 21 suicides en 2014 !

 Beaucoup de suicides aussi chez (...)

Richard Greeman
Article mis en ligne le 14 avril 2018
Rubrique : Aujourd’hui

Mille neuf cent soixante-huit (soupir !)... Quelle belle année ! Des rébellions éclatent partout.

De Paris à Prague, de Berkeley à Berlin, de Mexico à Chicago – dans les banlieues, les campus, les jungles du Vietnam, et même au sein des conseils du Vatican, la révolution est en marche.

Les gens en mouvement. Toutes sortes de gens. Les gens pensent, agissent, osent, participent à une crise historique sans précédent à une échelle internationale sans précédent. Ils envoient des étincelles d’inspiration et de solidarité au-delà des frontières de la nationalité, de l’âge, de l’idéologie et de la classe. Des étincelles qui illuminent un moment de signification historique mondiale, défiant l’ordre ancien et éclairant les possibilités d’une autre manière d’être, d’un nouvel ordre humain.

C’est au Vietnam que (...)

André Bernard
Article mis en ligne le 13 avril 2018
Rubrique : Livres

Charles Reeve, Le Socialisme sauvage, essai sur l’auto-organisation
et la démocratie directe dans les luttes de 1789 à nos jours
L’Échappée éditeur, 2018, 320 p.

Publié dans Le Monde libertaire, n° 1794, d’avril 2018

♦ ♦ ♦

C’est un livre dense ! Aussi, cette courte chronique risque d’altérer la pensée de Charles Reeve dont le propos, à travers le prisme des théories et des pratiques ouvrières – nommées « sauvages » –, est de revisiter la représentation dans les principaux événements révolutionnaires vécus de par le monde et qui ont porté l’auteur sa vie durant ; visite qui s’accompagne – indistinctement – de multiples références à des auteurs marxistes, libertaires, conseillistes, etc. ; ce qui témoigne d’une large ouverture d’esprit. Cette chronique, se voulant mesurée, laissera au lectorat le soin de découvrir un ensemble de réflexions riches, variées et argumentées.

La Grande Révolution française, qui semble avoir engendré les suivantes, n’a pourtant été qu’une (...)

Charles Reeve
Article mis en ligne le 28 mars 2018
Rubrique : USA, résistances et autres

La grève des instituteurs et du personnel des écoles dans l’État de Virginie-Occidentale aux États-Unis

Une grève sauvage de masse

La dégradation du système de remboursement des dépenses de santé semble avoir été à l’origine du mouvement de révolte qui a abouti, fin février 2018, à la grève totale des 30 000 instituteurs et des 13 000 fonctionnaires des écoles dans l’État de Virginie-Occidentale.

Dans cet État, les fonctionnaires n’ont pas le droit de faire grève, et tout mouvement est illégal. En Virginie-Occidentale, les syndicats sont faibles, même si les communautés populaires ont une longue tradition de lutte sociale. Les grèves de mineurs y furent particulièrement combatives et violentes par le passé.

La grève a été organisée hors des structures syndicales par l’intermédiaire des réseaux sociaux, les grévistes se sont organisés par école et ont établi des liens entre eux par Internet. Il était clair, (...)

Alain Bihr
Article mis en ligne le 10 mars 2018
Rubrique : Alain Bihr - Analyses

Il est à peine besoin de rappeler les principaux indices de la crise écologique globale dans laquelle l’humanité est en train de s’enfoncer tant ils sont connus de tous et constatables pour certains au quotidien : le réchauffement climatique global et les perturbations climatiques locales qui en résultent, avec leur cortège d’appauvrissement et de déplacements contraints de population ; l’épuisement progressif d’un grand nombre de ressources minérales terrestres, matières premiers ou sources d’énergie fossiles ; la dégradation des éléments naturels (eau, sol, air) : salinisation des sols, eutrophisation des eaux douces, acidification des mers et océans, pollution de l’atmosphère par des gaz d’échappement et des particules fines, notamment en milieu urbain ; le dramatique appauvrissement de la biodiversité (...)

Alain Bihr
Article mis en ligne le 8 mars 2018
Rubrique : Alain Bihr - Analyses

Le capitalisme n’est aujourd’hui toujours pas sorti de la crise structurelle dans laquelle il est entré au milieu des années 1970 – ce qui en fait d’ores et déjà la crise la plus longue de son histoire pluriséculaire. La mise en œuvre méthodique par la grande majorité des États (notamment des États centraux) tout comme par les instances de gouvernance supranationales (FMI, OMC, Banque mondiale, Union européenne, etc.) des politiques néolibérales a certes permis à partir des années 1980 de redresser significativement la profitabilité du capital, au moins au sein des grands groupes industrialo-financiers opérant sur le marché mondial. Mais elles ont ainsi instauré un régime d’accumulation à dominante financière et à faible régulation fondamentalement instable, la poursuite de l’accumulation venant (...)

Article mis en ligne le 19 janvier 2018
Rubrique : Israël - Palestine
Irène Pereira
Article mis en ligne le 4 janvier 2018
Rubrique : Après coup

Texte tyrouvé sur le site del’IRESMO Institut de recherches et d’études sur le syndicalisme et les mouvements sociaux

Le syndicalisme révolutionnaire et l’anarcho-syndicalisme ont mis en avant le pan-syndicalisme. Néanmoins, il est nécessaire de comprendre comment l’intersectionnalité ou l’imbrication des rapports sociaux conduit à repenser cette notion.

Le pan-syndicalisme dans le syndicalisme révolutionnaire et l’anarcho-syndicalisme classique

La conception du pan-syndicalisme signifie que le syndicat suffit à tout et se trouve capable de prendre en compte toutes les questions sociales qui peuvent se poser. Traditionnellement, le pan-syndicalisme a signifié que le syndicat n’avait pas besoin des partis politiques pour prendre en compte l’ensemble des questions sociales.

Le pan-syndicalisme était lié à l’idée de la centralité des usines et du travail dans la transformation révolutionnaire à partir de la (...)

Article mis en ligne le 23 décembre 2017
Rubrique : Après coup

Il semblerait que les pouvoirs, après avoir posé tout à la fois les conséquences politiques d’une continuation du projet d’aéroport, ses coûts tant financiers que sécuritaires, vont abandonner ce projet. Mediapart a réuni des participants à la ZAD pour envisager la suite à donner.

Voir ci-dessous.










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